25 mesures (vraiment) de gauche pour changer de cap
Le Front de Gauche vient de lancer une campagne contre l’austérité dont voici le préambule :
« l’alternative à l’austérité c’est possible ».
Le Front de Gauche a contribué à la défaite de Nicolas Sarkozy. Il souhaite maintenant une politique qui réponde à la nécessité de sortir notre pays de la crise et qui réponde aux attentes nombreuses en matière d’emploi, de pouvoir d’achat, d’accès à l’éducation, aux soins, à la culture…
Depuis 6 mois, les grands axes de la politique du gouvernement ne répondent pas à ces attentes. François Hollande et le gouvernement ont d’abord fait adopter le traité européen qui impose la restriction continuelle des dépenses publiques et met en place des politiques d’austérité. Ils ont ensuite accordé un cadeau de 20 milliards aux grands patrons alors que notre économie souffre déjà des intérêts somptueux payés aux banques privées et des richesses accaparés par les actionnaires des grandes entreprises. Enfin, s’il ratifiait un accord sur l’emploi initié par le MEDEF il s’engagerait sur une voie qui, si elle devient une loi, va entrainer toujours plus de flexibilité et de nouvelles dégradations du code du travail.
[…]
Ensemble, agissons pour montrer que « l’alternative à l’austérité c’est possible ».
Qui a dit qu’au Front de Gauche, nous ne savions que critiquer, et non proposer ?
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Voici le détail des 25 mesures proposées, que je vous invite à diffuser largement :
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NON A L’AUSTÉRITÉ ET AU CHÔMAGE !
UNE ALTERNATIVE EST POSSIBLE !
IL FAUT GOUVERNER POUR L’EMPLOI !
25 premières mesures pour changer d’orientation
DÉGAGER LES MOYENS FINANCIERS POUR L’INVESTISSEMENT ET L’EMPLOI
Des mesures immédiates pour dégager des recettes nouvelles
1 -Suppression des niches fiscales et sociales sans utilité sociale, économique et écologiques (a minima 42 milliards selon l’Inspection générale des finances) à commencer par les niches fiscales liées à l’impôt sur les sociétés (80 Mds€)
2 -Réforme de l’impôt sur le revenu pour le rendre progressif avec 14 tranches dont la dernière à 100% (au delà de 360 000 euros net par an) ; taxation de tous les revenus du capital au même niveau que le travail (20 Mds€)
3-Suppression des exonérations de cotisations sociales (30 Mds€)
4-Doublement de la taxe sur les poids lourds (2,4 Md€) et taxation à la source de la dépenses publicitaires des entreprises
Réorientation démocratique des banques et de la finance
5 – Une réelle réforme bancaire pour briser les conglomérats bancaires : séparation organisationnelle et financière stricte des banques de dépôts des banques d’affaires; participation de représentants des salariés, des collectivités locales, de l’État, des usagers au Conseil d’administration des banques de dépôts
6 – Combattre la spéculation : interdire les produits financiers à risques (titrisation, produits
financiers spéculatifs, cotation en continu, opération de gré à gré…) et les transactions financières avec les paradis fiscaux; réintégrer les opérations dites «hors bilan» dans les comptes des banques.
7 – A partir notamment de la banque publique d’investissement (BPI), des banques publiques existantes et des fonds régionaux, imposer une sélectivité du crédit en fonction de critères de développement économiques (création de valeur ajoutée dans les territoires), sociaux (emploi, salaires, formation) et écologiques (économies d’énergie et de matières premières) en liaison avec la création d’un pôle financier public (voir point 8) et avec un refinancement sélectif de la BCE, en lien avec la Banque de France
Libérer les finances publiques des griffes du marché financier
8 – Créer un pôle financier public, doté de licences bancaires, en lien étroit avec la banque de France, réunissant en réseau les établissements de la nouvelle Banque publique d’investissement, la Banque postale, la Caisse des dépôts et ses filiales, les services de Bercy, l’Agence française de développement, la Coface, la Caisse nationale de Prévoyance et destiné à mobiliser l’ensemble du système financier en vue de financer les projets en faveur de la recherche, de l’emploi, des qualifications, du logement, des transports, des services publics, de la transition énergétique et écologique, en liaison avec les réseaux bancaires et d’assurance mutualistes. Ce pôle, renforcé par la nationalisation de groupes bancaires aujourd’ hui privés comme BNP Paribas, la Société générale ou BPCE, agirait pour que les crédits bancaires financent en priorité les projets de développement des collectivités territoriales et les plans syndicaux alternatifs aux plans patronaux de restructurations et de suppressions d’emplois.
9 – Pour diminuer la charge annuelle de la dette (50 Md€) adoption d’une loi permettant de lever le secret sur la liste des bénéficiaires du «service de la dette», mise en place d’un audit citoyen de la dette accompagnée d’une commission d’enquête parlementaire qui diront la part de cette dette liée à des investissements utiles et celle issue des cadeaux fiscaux.
10 – La BCE doit pouvoir financer avec la Banque de France et les autres banques nationales de l’Eurosystème, par création monétaire, un « Fonds de développement social, écologique et solidaire européen » pour l’expansion des services publics et de leur emploi.
DE NOUVEAUX DROITS POUR PROTEGER LES SALARIES ET DEVELOPPER L’EMPLOI
Développer le pouvoir d’achat et combattre la précarité
11 – Augmenter le SMIC à 1700 euros brut. Le SMIC doit devenir le salaire minimum hiérarchique de base et les conventions collectives doivent pleinement reconnaître les qualifications de tous les salariés aux différents niveaux. Relever les minimas sociaux et les indexer sur le SMIC avec l’objectif de supprimer en cinq ans tout revenu en dessous du seuil de pauvreté. Revaloriser le point d’indice des fonctionnaires. Impulser une dynamique de hausse générale des salaires en mettant en place une convention nationale annuelle de négociations interprofessionnelles sur les salaires et la formation, ainsi qu’un « Conseil d’orientation des salaires » définissant un taux minimum Interprofessionnel de croissance des salaires avec responsabilité des entreprises et permettant aux pouvoirs publics d’intervenir en cas de carence des négociations. Instaurer un salaire maximum à 20 fois le salaire minimum de l’entreprise comme c’est déjà le cas dans les entreprises publiques. Faire respecter l’égalité salariale entre les femmes et les hommes. Ouvrir le droit aux allocations chômage dès le premier mois de travail, prolonger la durée d’indemnisation des chômeurs pour stopper l’augmentation du nombre de fins de droits.
12 – Confirmer les 35h comme durée légale du temps de travail et le droit à la retraite à 60 ans. Dans la reprise d’une logique globale de réduction du temps de travail permettant de créer des emplois, limiter le recours à l’annualisation et au travail le dimanche (avec majoration salariale obligatoire), réduire les durées maximales autorisées (aujourd’hui 10h par jour et 48h par semaine), renchérir les heures supplémentaires.
13 – Réaffirmer le CDI à plein temps comme norme du travail limiter les CDD à 5% par entreprise, à 10% pour les entreprises de moins de 50 salariés ; renforcer les effectifs de l’Inspection du Travail, adopter une loi d’amnistie des syndicalistes, rétablir la hiérarchie des normes entre la loi et les conventions d’entreprise; supprimer la « rupture conventionnelle » ; interdire le temps partiel imposé, encadrer la sous-traitance en étendant au donneur d‘ordres la responsabilité sociale en fonction de son importance pour le sous-traitant, sanctionner les entreprises qui ne mettraient pas en oeuvre l’égalité de salaires entre les femmes et les hommes
14 – Blocage des loyers pour deux ans, abrogation des franchises médicales, remboursements à 100% des dépenses de santé en y incluant les lunettes et les soins dentaires et mise en place d’une tarification sociale permettant l’accès de tous à l’eau et à l’énergie.
15-Mettre en place un statut social pour tous les jeunes permettant l’autonomie des jeunes en formation via un système d’allocation financées par la solidarité nationale.
De nouveaux droits pour s’opposer aux licenciements
16 – Une loi d’interdiction des licenciements économique dans les entreprises en bonne santé financière doit être mise en place. En outre, dans toutes les entreprises, face aux projets de suppressions d’emploi, les représentants des salariés doivent disposer d’un droit de veto suspensif permettant l’examen de la situation de l’entreprise et des alternatives économiques possibles, avec un droit de préemption des salariés sur leur entreprise en cas de dépôt de bilan ou de délocalisation pour reprendre à leur compte la production de ces entreprises sous des formes coopératives ou d’économie sociale, et avec un droit de mobilisation des crédits bancaires pour réaliser un plan de développement de l’entreprise. Favoriser cet accès au crédit sera l’un des rôles du Pôle financier public.
Une « sécurité sociale professionnelle »
17 – Un nouveau statut du travail salarié instituant une sécurité sociale professionnelle assurera aux travailleurs privés d’emploi la continuité de leurs droits, que ce soit en matière de rémunération ou de protection sociale ainsi qu’une formation professionnelle leur garantissant de trouver un emploi de niveau équivalent à celui qui était le leur avant la perte de leur activité. La mise en réseau des missions d’indemnisation et de placement avec celles de la Formation professionnelle constituera le socle de cette politique.
Des fonds nationaux et régionaux, alimentés notamment par une nouvelle cotisation patronale, permettront de contribuer à financer cette politique qui visera à mettre progressivement en place un système de sécurisation de l’emploi et de la formation ouvrant à tous les membres de la société la possibilité d’une mobilité professionnelle choisie sans jamais passer par la case « chômage ».
UN DÉVELOPPEMENT ECONOMIQUE, SOCIAL ET MYCOLOGIQUE CRÉATEUR D’EMPLOIS
Des nationalisations démocratiques au service de l’intérêt général
18 – Pour l’emploi mais aussi pour l’intérêt général du pays, l’intervention de l’Etat est légitime pour mettre en place un contrôle social des entreprises présentes dans certains secteurs économiques, qu’il s’agisse de maintenir, de transformer et de développer des filières industrielles dans le cadre d’une production nouvelle sur des critères sociaux et écologiques comme à Florange ou de maîtriser des secteurs stratégiques comme celui de l’énergie ou du crédit. De nouveaux pouvoirs des salariés permettraient de mettre en oeuvre de nouveaux critères de gestion de ces entreprises en favorisant également les coopératives et le développement de l’économie sociale et solidaire (ESS).
Transition énergétique et ré-industrialisation par la planification écologique
19 – En s’appuyant sur le pôle financier public et le Fonds Européen (point 8 et 10), mobiliser les investissements en faveur des énergies renouvelables, du développement des transports publics ferroviaire, fluvial et maritime côtier, de la mise en oeuvre d’un grand plan fret et ferroutage, de la construction de 200 000 logements par an et d’un vaste plan d’isolation thermique des logements avec l’objectif de réduire drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et mettant de strictes conditions d’emploi et de qualifications. Nous proposons aussi un doublement de la taxe sur les poids lourds (2,4 Md€) et taxation à la source de la dépenses publicitaires des entreprises
20 – Mettre en place des commissions régionales et départementales de l’emploi, de la formation et du développement rassemblant tous les acteurs concernés : employeurs, syndicats, élu-e-s et collectivités. En finir avec les aides publiques et les exonérations de cotisations sociales aux entreprises dont l’inefficacité a été prouvée et les remplacer par des interventions ciblées, sous forme de bonifications d’intérêts ou de garanties d’emprunts pour que les banques financent les projets les plus efficaces en termes de création ou de préservation d’emplois, de développement de la qualification de la main-d’oeuvre, de préservation de l’environnement, de développement maîtrisé des territoires.
Le développement des services publics pour répondre aux besoins
21– Créer massivement des postes de fonctionnaires, à commencer par 70 000 dès cette année, titulariser les 800 000 précaires de la fonction publique, augmenter réellement et de façon pérenne les numerus clausus des professions médicales et para médicales pour améliorer et développer les services publics comme ceux de la santé,de l’emploi, de l’éducation nationale, de l’écologie, du logement social ou de la petite enfance par exemple.
DESSERRER LES CONTRAINTES, CHANGER L’EUROPE, POUR UN AUTRE MODÈLE ECONOMIQUE
Refuser d’appliquer le pacte budgétaire, la règle d’or et les directives de Bruxelles contraires à nos objectifs sociaux
22 – La France doit agir pour le réaménagement négocié des dettes publiques en supprimant la part illégitime de ces dettes après un audit citoyen ; pour les résorber, nous proposons leur financement à taux réduit par les banques publiques souscrivant les obligations du trésor au taux fixé par lui. La France doit agir pour que la BCE puisse prêter directement aux États à taux faibles, voir nuls et acheter des titres de la dette publique directement aux États pour promouvoir l’emploi, la formation et les services publics afin de satisfaire les besoins sociaux et écologiques.
23 – Nous remettrons en cause la liberté totale de circulation des capitaux, refuserons d’appliquer les directives de libéralisation des services publics et travaillerons à une harmonisation fiscale, un véritable « serpent fiscal européen », en exigeant une imposition minimale des entreprises pour empêcher le dumping social.
Promouvoir un progrès humain durable
24 – Se battre au niveau européen pour salaire minimum dans chaque pays, représentant au moins 60% de leur PIB par habitant, en respectant le principe de non régression sociale (la règle nationale l’emport si elle est supérieure à celle de l’UE) et engager dans le même temps un processus de convergence vers le haut ; la progressivité de l’impôt sur le revenu avec un nombre minimal de tranches, la limitation du taux de TVA et l’exigence d’égalité femme/homme dans les législations du travail de chaque pays
25 – Créer un Fonds européen de développement social, écologique et solidaire (point 10) et un visa social et écologique pour les échanges commerciaux. Remettre en cause les accords de libre échange actuels et promouvoir des accords internationaux, européens et bilatéraux, de co-développement avec les peuples des pays émergents et en développement.





A mon avis, il y a un risque très fort de blocage, dans ce texte. La France n’est pas la maîtresse de la BCE, et celle-ci peut fort bien refuser de financer ce qui est annoncé plus haut. La seule façon de dénouer ce genre de chantage à la libéralisation, c’est un autre chantage : la menace, et si nécessaire, la réalisation de la reprise de la liberté en matière de création-gestion de la monnaie. Bien qu’étant la création et l’instrument des grandes banques privées US, la Fed est là-dessus bien plus souple que la BCE.
Cela peut impliquer que la France sorte officiellement de l’euro, donc de l’UE : il faut dès à présent s’y résoudre, bien que ce ne soit pas dans le programme du FdG, à tort à mon avis. Cela veut dire dénoncer beaucoup de traités, mais c’est notre pays dans son infrastructure même qui le réclame. Et tant pis pour ses gras créanciers intérieurs et extérieurs. De toute façon, si on ne sort pas de l’UE, la plupart de ces mesures seront interdites par Bruxelles pour des tas de raisons ou de prétextes. Bon sang, il y a des années que je le crie : l’UE est notre perte !
C’est d’ailleurs une des plus fortes raisons qui m’ont fait ne pas adhérer au PG, là-dessus nous n’étions vraiment pas d’accord. Ce n’est pas par nationalisme, mais par pragmatisme. D’ailleurs, le FN s’accommode fort bien de l’UE.
Jeudi 17 janvier 2013 :
330 euros pour 1,56 m2 à Paris : la propriétaire devant la justice.
L’histoire rapportée par RTL, et signalée dans un premier temps par la Fondation Abbé Pierre, montre encore une fois que la situation immobilière à Paris touche parfois à l’absurde.
Dominique, âgé de 50 ans, vivait depuis 15 ans dans un "appartement" de 1,56 m2 pour lequel il payait un loyer de 330 euros.
"La porte de ce minuscule appartement est aujourd’hui fermée et le locataire en attente d’un jugement qui obligerait sa propriétaire à le reloger, dans un appartement adapté à ses besoins", ajoute la radio, qui précise que malgré la taille illégale de ce logement (le minimum légal est une surface de 9 m2 avec une douche dans l’appartement, selon la loi française).
"Mais, conclut RTL, cela n’a pas empêché trois agences immobilières différentes de le gérer".
http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2013/01/17/330-euros-pour-156-m2-a-paris-la-proprietaire-devant-la-justice/
Il est indispensable de reprendre la maîtrise de notre monnaie. On pourrait sortir de l’euro sans sortir de l’UE, ce serait déjà un premier pas. Mais je pense comme babelouest qu’il faut aussi sortir de l’UE. C’est la condition sine qua non de l’application du programme du FdG.
Dire comme le PG "il faut réformer l’UE", est irréaliste. Ça se fera, mais ça prendra 20 ans et on ne peut pas attendre. C’est un de mes deux points de désaccord avec le PG. Après rien n’interdit de créer un nouveau traité avec d’autres pays européens sur un mode coopératif plutôt que concurrentiel un peu sur le modèle de l’ALBA.
Il faut avoir le courage de faire le bilan de 55 ans d’UE et surtout les 20 dernières années d’agonie. Pas d’acharnement thérapeutique.
Merde! Il n’y a pas d’élection en 2013, c’est ballot.
Joli programme.
@Bembelly : ça, c’est de l’analyse ! Mais pour donner des idées moins libérales et un peu plus créatives et alternatives au gouvernement, ce n’est pas inutile !
Bembelly, la question est : est-ce que Ayrault va continuer d’appliquer le programme de récession pendant 5 ans ? Même avec 3% de récession et 6 millions de chômeurs ?
Ou bien revenir à la raison et prendre en compte la réalité de la catastrophe, écouter ses électeurs, mais aussi la plupart des économistes ?
Samedi 19 janvier 2013 :
L’aveu est incroyable, presque inimaginable. Quatre ans après le déclenchement de la grande crise qui secoue les économies occidentales avec une violence sans égale depuis 1929, l’un des plus grands experts économiques de la planète, en l’occurrence le directeur du département recherche du Fonds monétaire international (FMI), vient de publier un rapport dans lequel il avoue que le FMI – et avec lui, l’ensemble des dirigeants européens, chefs d’Etat, ministres des Finances, Banque centrale et Commission européennes… – a gravement sous-estimé les effets néfastes des politiques d’austérité infligées aux Etats les plus endettés.
Oui, vous avez bien lu : Olivier Blanchard, l’une des sommités économiques mondiales – on cite même son nom pour un futur prix Nobel, c’est dire… –, admet noir sur blanc, dans un rapport de 43 pages rendu public le 3 janvier dernier, que le FMI s’est trompé sur toute la ligne. La faute à une simple erreur de calcul.
Dans ce document inouï, intitulé « Erreurs de prévision de croissance et multiplicateurs budgétaires » (téléchargeable sur notre site, http://www.marianne.net) et cosigné par un autre économiste du FMI, Daniel Leigh, Olivier Blanchard reconnaît, chiffres et arguments à l’appui, que la réduction drastique des dépenses publiques – cette fameuse cure d’austérité présentée par le cercle de la raison comme « la seule politique économique possible » –, imposée en Grèce, mais aussi au Portugal, en Italie, en Espagne, en Irlande, en Grande-Bretagne et même en France, n’a pas seulement causé le malheur des peuples, mais a précipité ces pays dans une crise plus violente encore. Avec, à la clé, la récession accélérée, les fermetures d’usines et le chômage de masse…
Cette confession salvatrice, certes, honore ses auteurs. Après tout, il n’est pas si fréquent de lire un tel mea culpa sous la plume d’un expert aussi reconnu, pas plus que sous celle d’un responsable politique. Mais elle sonne comme un véritable coup de tonnerre pour tous les tenants de la pensée économique dominante, pour tous ces experts autoproclamés, ces éditorialistes qui nous assènent leur science libérale soi-disant infaillible, ces Diafoirus de l’économie sinistrée qui, depuis 2008, infligent aux peuples des remèdes pires que le mal qu’ils sont censés soigner. Bref, la cohorte de ces imposteurs qui, après avoir mis en place eux-mêmes les conditions du désastre, s’avisent de nous faire croire qu’ils sont les plus aptes à nous sortir de la catastrophe à laquelle ils nous ont conduits au son du clairon. Comme si, disait Einstein, on pouvait compter sur ceux qui ont créé les problèmes pour les résoudre…
Mais revenons sur cette… erreur de calcul. Elle vaut son pesant d’or. Souvenez-vous, c’était en mai 2010, autant dire hier. Dans le communiqué annonçant son premier plan d’aide à la Grèce, le FMI, qui apportait 30 milliards d’euros au gouvernement de Georges Papandréou – l’Union européenne, de son côté, mettait 80 milliards dans la corbeille –, appelait le peuple grec aux « sacrifices nécessaires pour reconstruire l’économie du pays ». Un ballon d’oxygène pour sauver Athènes de la banqueroute, oui. Mais à condition de consentir autant de sang que de larmes. Baisse des pensions de retraite, réduction des prestations sociales et des salaires de la fonction publique, suppression des primes de Noël et de Pâques versées aux travailleurs, hausse massive de la TVA et des impôts… Le tour de vis budgétaire, conditionné à l’octroi de ce prêt, devait permettre aux Grecs de renouer avec « la croissance, la création d’emplois et la prospérité », selon les prédictions de Dominique Strauss-Kahn, qui dirigeait alors le FMI. Plombée par un déficit public de 13,9 % du PIB en 2009, la Grèce était censée repasser, grâce à ce traitement de choc, sous la barre des 3 % à l’échéancede 2014. Ces fameux 3 % qui constituent, depuis vingt ans, l’alpha et l’oméga des politiques publiques en Europe et dont François Hollande lui-même a fait son mantra.
Sur la foi de ce dogme, repris en boucle par les chantres de la rigueur – dirigeants politiques, économistes et commentateurs de tout poil biberonnés à la vulgate libérale selon laquelle l’Etat est forcément dispendieux et l’entreprise, nécessairement bien gérée –, les Grecs ont enduré une purge sans précédent.
Pour quel résultat ? Le déficit a certes baissé, mais moins que prévu (il va dépasser cette année les 5 % du PIB) ; la dette publique s’est envolée (189 % du PIB) et les recettes fiscales n’en finissent pas de se contracter (44,3 milliards d’euros attendus en 2013, 5 milliards de moins qu’en 2011). Contrairement aux riants augures du FMI, le pays, englué dans la récession, ne redémarre pas. Pis, il s’enfonce dans la récession, envoyant toujours plus de Grecs grossir les rangs des demandeurs d’emploi.
Et devinez pourquoi ? Parce que le principal bailleur de fonds de la planète, le FMI, s’est planté dans ses calculs. Et pas qu’un peu : une erreur de un à trois ! La boulette porte sur un coefficient bien connu en économie : le multiplicateur. Entre 1970 et 2007, les prévisionnistes avaient constaté que 1 % de dépenses publiques en moins – ou d’impôts en plus – entraînait, en moyenne, 0,5 % de croissance en moins dans les pays avancés. Soit un multiplicateur de 0,5, qu’ils ont doctement retenu dans les travaux préparatoires aux plans d’aide à la Grèce ou au Portugal.
Mais ça, c’était avant la crise et son lot d’incertitudes qui perturbent le comportement des consommateurs. Dans son « Panorama de l’économie mondiale » rendu public en octobre dernier, le FMI a d’abord reconnu au détour d’une page, repérée par les seuls spécialistes de la science économique, que les multiplicateurs actuels pouvaient être compris « entre 0,9 et 1,7 ». C’est-à-dire entre deux et trois fois plus ! L’étude détaillée que vient de publier son économiste en chef, Olivier Blanchard, confirme donc la bévue.
Les conséquences sont abyssales : en obligeant les gouvernements d’Europe du Sud à ponctionner drastiquement les salaires des fonctionnaires et les pensions des retraités, le FMI a fait plonger la demande intérieure de deux à trois fois plus vite que prévu.
La suite, hélas, est connue : faillites en série, explosion du chômage et manifestations monstres dans les rues d’Athènes ou de Lisbonne.
« Le multiplicateur n’est pas un truc qui tombe du ciel, explique Eric Heyer, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Il varie selon le contexte : est-on en haut ou en bas de cycle ? Quelles politiques mènent les pays qui nous entourent ? Peut-on dévaluer sa monnaie, ou pas ? C’est à l’aune de ces éléments que l’on peut estimer l’impact d’une cure d’austérité. Pas en appliquant mécaniquement un coefficient au prétexte qu’il fonctionnait avant, quand la croissance était au rendez-vous. »
C’est pourtant ce qu’ont fait les brillants cerveaux du FMI et ils ont eu tout faux ! Leur huile de foie de morue a rendu malades des centaines de millions d’Européens déjà mal en point. En clair, ils n’ont fait qu’ajouter de la crise à la crise.
Déjà, dans les années 90, le FMI avait fait fausse route, en imposant aux pays en crise des réductions budgétaires excessives. En octobre 2003, le bureau d’évaluation indépendant du FMI avait même dressé un réquisitoire au vitriol sur la façon dont l’institution avait cru bon de gérer, à coups de hache budgétaire, la crise en Indonésie, au Brésil ou en Corée du Sud. Au moins, cette fois, le FMI reconnaît-il son erreur…
Reste cependant à en convaincre la Commission et la Banque centrale européennes (BCE). Et là, visiblement, ce n’est pas gagné. De Bruxelles à Berlin, on reste persuadé que la guérison viendra de cette cure de rigueur dont on persiste à minorer les effets néfastes sur la croissance. Donc sur le chômage et les rentrées fiscales. N’est-ce pas Jean-Claude Trichet, ancien président de la BCE, qui déclarait que l’austérité budgétaire « ne risquait pas de provoquer de stagnation en Europe » ? N’est-ce pas son successeur, Mario Draghi, ex-numéro deux de la banque d’affaires Goldman Sachs en Europe, celle-là même qui a maquillé les comptes publics de la Grèce pour complaire aux marchés financiers et aux agences de notation, qui a intensifié ces politiques de rigueur sur l’ensemble du Vieux Continent ?
Un signe ne trompe pas : l’aveu de cette erreur de calcul du FMI devrait faire la une de tous les journaux, déclencher le mea culpa de tous ceux qui se sont fourvoyés. Or, rien. Silence total. Pas un mot. Un éditorial dans le Washington Post et le New York Times, quelques articles en pages intérieures dans la presse française (l’Humanité, Libération…), un sujet au journal de 20 heures de France 2, et c’est tout, ou presque. Pas le moindre débat. Pas la plus petite remise en cause des politiques menées.
De Lisbonne à Athènes, de Madrid à Paris, les gouvernants, toujours sous la pression des marchés financiers – qui fixent les taux d’intérêt – et des agences de notation – qui, elles, se sont toujours trompées sur tout – continuent à foncer droit dans le mur. Pis : ils persistent à traiter par le mépris tous ceux – dont Marianne – qui osent prétendre que cette ordonnance-là est létale et qu’une autre politique économique est possible.
Pour en avoir le cœur net, Marianne est allé consulter le blog de Paul Jorion (www.pauljorion.com/blog/), un de ces économistes iconoclastes qui, avant tous les autres, avaient vu venir la crise des subprimes de 2008. Voilà ce qu’on peut y lire :
« Vous êtes plusieurs à me contacter pour me demander pourquoi je ne parle pas de la nouvelle qui agite la presse et la blogosphère : “Le FMI s’est trompé !” Il y a plusieurs raisons à cela. La première, c’est que le FMI s’est trompé sur à peu près toutes les questions depuis sa création en 1944. La seconde, c’est que l’article d’Olivier Blanchard et Daniel Leigh a déjà fait l’objet d’un excellent billet de François Leclerc en octobre dernier. Trois mois d’avance, seulement ! »
Sauf que la plupart des médias n’en ont pas soufflé mot et que les opinions publiques ont été soigneusement tenues à l’écart de ces révélations. Voilà pourtant ce que ce blogueur, l’économiste François Leclerc, écrivait il y a trois mois :
l’erreur de calcul avouée par Blanchard et Leigh démontre que « la politique d’austérité a plus d’impact négatif qu’envisagé sur la croissance. Poursuivre cette politique pourrait se révéler difficile dans les années à venir, en raison de l’effet des coupes budgétaires, qui sont de plus contrecarrées par la baisse des rentrées fiscales résultant du ralentissement de l’activité économique et de l’accroissement du chômage, qui lui-même implique une hausse des transferts sociaux ».
Et d’ajouter : « Ce qui est observé ces derniers temps, non seulement dans les pays du sud de l’Europe mais également au Royaume-Uni, semble confirmer ce pronostic pessimiste. De surcroît, les répercussions d’un tel processus sont immenses dans une économie mondialisée. L’effet boule de neige est garanti. »
Dans son éditorial du New York Times, Paul Krugman, prix Nobel d’économie en 2008, est encore plus sévère : « Si le FMI lui-même dit qu’il s’est trompé, cela signifie que tous les autres se sont encore plus trompés. Au moins le FMI a-t-il le mérite de vouloir repenser sa position à la lumière des faits. La mauvaise nouvelle, c’est que bien peu d’autres acteurs font la même chose. Les dirigeants européens, qui ont créé des souffrances dignes de la crise de 1929 dans les pays endettés sans restaurer la confiance financière, persistent à dire que la solution viendra d’encore plus de souffrances. La vérité, c’est que nous venons de vivre un échec monumental en termes de politique économique – et que de trop nombreuses personnes responsables de cet échec sont toujours en place et refusent de tirer les leçons de leurs erreurs. »
C’est pourtant en apprenant de ces erreurs que cessera cette imposture entretenue depuis le début de la crise qui considère la réduction drastique des déficits comme l’horizon indépassable des gouvernants. La question vaut évidemment pour la France : comment inverser la courbe du chômage d’ici à la fin 2013 en menant une politique d’austérité qui, si elle n’a pas l’intensité de celle menée à Athènes, Madrid, Rome ou Lisbonne, étouffe toute possibilité de croissance ? « Si votre seul outil est un marteau, tout ressemble à un clou », dit un proverbe japonais.
Arnaud Bouillin et Laurent Neumann.
http://www.marianne.net/Cette-semaine-dans-Marianne-Comment-les-imposteurs-ont-pris-le-pouvoir_a225830.html
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